Quand une entreprise cotée se rend compte que ses résultats vont être nettement moins bons que ce qu'elle avait laissé entendre, elle ne peut pas faire comme si de rien n'était et attendre tranquillement la publication officielle. Elle doit prévenir le marché, et vite. C'est ce qu'on appelle un avertissement sur résultats (ou son équivalent anglais, profit warning).
Concrètement, c'est un communiqué dans lequel la société annonce que son chiffre d'affaires, sa marge ou son bénéfice vont décevoir : commandes en berne, coûts qui dérapent, client important qui s'en va, météo capricieuse... les raisons ne manquent jamais. L'avertissement peut aussi être contenu dans une publication trimestrielle : il concerne alors les performances des mois à venir, ou les objectifs de moyen terme. Le vocabulaire est souvent édulcoré, pour mieux faire passer la pilule. Jamais une entreprise ne titrera qu'elle "lance un avertissement" : ce sont les journalistes et les analystes qui utilisent le terme. Elle préfère évoquer un "ajustement des objectifs", un "décalage des perspectives", une "prudence accrue" ou une "mise à jour des prévisions".
Pourquoi se tirer ainsi une balle dans le pied ? Parce que ce n'est pas vraiment une option. La réglementation impose aux entreprises cotées de communiquer toute information susceptible d'influencer le cours de leur action dès qu'elles en ont connaissance. Garder l'info sous le coude le temps d'arranger les chiffres, c'est s'exposer à de sérieux ennuis avec le gendarme boursier. L'avertissement est donc autant une obligation légale qu'un exercice de transparence : mieux vaut une mauvaise nouvelle annoncée par l'entreprise elle-même qu'une mauvaise nouvelle découverte par les investisseurs le jour des résultats.
La mauvaise réputation
La conséquence boursière d'un avertissement est souvent brutale : l'action baisse, parfois fortement. Statistiquement, il y a plus de chances de voir une action chuter après un avertissement que de voir une action monter après un relèvement d'objectif. C'est en partie parce que le marché anticipe souvent mieux les bonnes nouvelles que les mauvaises. Une chose est sûre : il déteste les surprises négatives, et déteste encore plus de s'être trompé. Quand les prévisions sur lesquelles tout le monde s'était aligné volent en éclats, les analystes révisent leurs modèles à la baisse et les vendeurs prennent le dessus.
Au-delà de la réaction de court terme, l'avertissement a aussi des conséquences plus profondes sur la perception de l'entreprise qui l'émet. La capacité d'un management à respecter ses objectifs est une variable intégrée dans de nombreuses stratégies boursières, notamment celles qui misent sur la qualité et la régularité.
Nous ignorons si un investisseur averti en vaut deux, mais l'avertissement fait partie du paysage boursier.
0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer